L'histoire du jazz manouche va de paire avec celle de Django Reinhardt. Impossible d'effleurer cette musique et ses origines sans introduire Django, véritable père du style. Boulou Ferret dit de lui qu'il est le pape et ceux qui perpétuent son art sont ses évêques : cela situe l'heritage qu'il a laissé.
Plus que ça, il est parmi les 2,3 plus grands guitaristes de jazz et sans nul doute un des plus grands jazzmen français de tous les temps.

Django Reinhardt

D'origine manouche, Django est né le 23 Janvier 1910 et passe sa jeune enfance à vagabonder aux portes de Paris, inexorablement attiré par la musique. Doté d'une oreille incroyable, à neuf ans il enthousiasme déjà les foules au banjo. Sa virtuosité epoustouflante lui vaut déjà une bonne réputation.
Au début des années 30, rencontre choc avec le jazz americain dont l'influence sera le début d'une production musicale hors normes. A la tête du quintette du Hot Club de France, où son génie à la guitare rivalise avec celui du violoniste Stéphane Grapelli, il va en effet, entre 1934 et 1953, éblouir la scène européene.
Sa musique est à l'intersection des musiques tziganes et du jazz américain de l'époque, dont les chefs de file sont respectivement Mattéo Gracia ou Poulette Castro et Jelly Roll Morton, Louis Armstrong ou encore Bix Beiderbecke. Mais cette approche est très réductrice quand on connait son oeuvre car il invente alors ses codes et faisant chanter sa guitare comme personne ne l'avait sans doute fait auparavant. Il en résulte que sa musique parait intemporelle, ce qui est sans nul doute une de ses grandes qualités. Elle nous "parle" aujourd'hui encore.
Il suffit d'écouter quelques morceaux pour mesurer la chose, voici une liste très loin d'être exhaustive : Songe d'Automne, Echos de France, Les Yeux Noirs, Nuages, Tears, Minor Swing, Danse Norvégienne, Manoir de mes rêves, Night and Day, Finesse...Beaucoup aiment à penser que si Django avait fait des études musicales, il aurait sans doute composer et arranger des oeuvres majeures.





Destin hors du commun, qui en viendrait presque à oublier que Django fut affublé d'une paralysie partielle de la main gauche à la suite d'un incendie de roulotte en 1928...C'est aussi ça la légende de Django Reinhardt, qui a su, à force de travail, inventer une technique adaptée à son terrible handicap tout en conservant sa virtuosité. Il ne pourra désormais jouer les solos qu'à l'aide de deux doigts (index et majeur), ce qui l'amène à evoluer de manière horizontale sur le manche mais qui donne une couleur homogène et bien particulière à son phrasé. On serait tenté de dire un mal pour un bien. Pour les accords, il peut toutefois s'aider de son pouce et de ses doigts paralysés.

Django meurt le 10 Mai 1953 d'une congestion cérébrale à Samois sur Seine où a desormais lieu tous les ans, pour l'anniversaire de sa mort, LE festival de jazz manouche. A la fin de sa vie, Django tutoyait le be-bop et la guitare électrique, quid de quelles merveilles aurait-il encore été capable? Preuve là aussi de toutes les idées qui pouvaient fourmiller en lui et de sa volonté de ne pas s'enfermer dans un genre. François Billard disait de lui : "Django a été le premier a ne plus joué Django".

Même si la paternité du style revient incontestablement à Django, il serait malvenu d'oublier ceux qui ont aussi beaucoup apporté et qui ont évolué dans l'ombre du maître. Parmi eux Joseph Reinhardt son frère, Henri Crolla, René Mailhes, les frères Ferret (Baro, Matelo, Sarane)...Depuis, le style a été nourrit de personnalités et de talents très differents, on pourrait citer Babik Reinhardt le fils de Django, Fapy Lafertin, Boulou et Elios Ferret fils de Matelo Ferret ou encore Tchavolo Schmitt.

Désormais, on trouve sur la scène des musiciens comme le gadjé Romane, les Rosenberg de Hollande (Le trio Stochelo, Nous’che, Nonnie et le précoce Jimmy), David Reinhardt le petit fils de Django, Angelo Debarre, Raphaël Fays ou encore Patrick Saussois.




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